L’embrigadement de la jeunesse et des femmes par le Califat Société

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Article tiré de la lettre d’Analyses et d’Informations Libre n°9 (janvier 2016). Vous pouvez soutenir votre média 100% indépendant en vous abonnant à l’Agence Info Libre.

Que ce soit par les réseaux sociaux ou par une interprétation radicale de l’islam, l’État islamique a mis en place une propagande digne des plus grands communicants. Les responsables de Daesh ont compris qu’une guerre ne se gagnait pas seulement par les armes mais aussi par la capacité à embrigader et à convaincre que son combat est juste. C’est ainsi que leurs parutions ciblent des recrues bien précises grâce aux messages construits de façon à convertir et attirer un maximum de personnes; les femmes ont également un rôle spécifique et primordial dans le recrutement de nouveaux adeptes. Ils recherchent particulièrement une audience auprès d’un public jeune afin d’asseoir un pouvoir sur l’ensemble d’une population fragile et facilement instrumentalisable.

 

L’utilisation des réseaux sociaux

Aux fins d’optimiser au maximum ses divers comptes rapidement suspendus, les messages doivent être à la fois représentatifs des vertus islamiques (djihad, lutte contre les envahisseurs mécréants) et être une arme de propagande visant à recruter des jeunes en stigmatisant les manques spirituels de la société occidentale ainsi que son matérialiste, impie et athée. D’ailleurs, le 26 mars dernier le responsable de la communication du califat expliquait que le djihad médiatique revêtait une importance au moins aussi primordiale que le djihad de combat : « « Notre guerre est aussi une guerre médiatique. (…) Les États-Unis ou le Royaume-Uni ont déployé des armées sur le Net pour combattre l’État islamique. Allah les a vaincus. Ils n’ont pas pu arrêter les partisans de l’État islamique sur le Net. (…) Nous considérons ces gens parmi les moudjahidin et les appelons à ne pas renoncer et à persévérer sur ce chemin. Celui du soutien à Allah et à l’EI »[1] .

Cette guerre virtuelle a un but bien défini pour l’EI: pérenniser l’organisation en attirant un maximum de jeunes et que ceux-ci fassent circuler ses messages sur les réseaux sociaux. De cette façon, les propos perdurent malgré les fermetures de comptes; les sympathisants peuvent accéder à la propagande et c’est la raison pour laquelle la lutte contre cette diffusion semble vaine. En effet, toutes les mesures prises n’empêchent pas la prolifération des comptes ralliant la cause islamique et, par conséquent, les valeurs djihadistes restent relayées à travers le monde. Pourtant, toutes les hautes instances des pays occidentaux ne cessent de rappeler à l’ordre les réseaux sociaux afin qu’ils éradiquent rapidement ce phénomène. Malheureusement, ils ne contrôlent plus les monstres créés, ces outils numériques sont devenus  des maillons forts de la divulgation de messages en faveur de Daesh. Il est cependant curieux que, dans cette guerre électronique, le Département du Travail et de la retraite britannique fournit, officiellement sans le savoir, des adresses IP aux groupes islamiques radicaux[2]. Plus étonnant encore, le site internet allemand Spiegel révèle  » que des sociétés européennes fournissent sciemment à l’organisation jihadiste un accès internet via satellite. Révélation gênante : l’implication du groupe français de satellites Eutelsat (dont la Caisse des Dépôts, bras financier de l’Etat, est actionnaire) »[3] .

Le recrutement en France

Dans « l’art de la guerre » Sun tzu déclarait : « Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer cent batailles sans jamais être en péril ». C’est ainsi que peut se résumer un des objectifs du djihadisme en France : recruter de l’intérieur permet de connaître parfaitement son ennemi, de le harceler plus facilement et de le toucher directement. Pour ce faire, la méthode employée via les réseaux sociaux est, comme nous l’avons vu précédemment, incontournable. L’autre intérêt du média informatique est de toucher un maximum de personnes mais pas seulement des jeunes désœuvrés de banlieue.

Les principaux attentats réalisés en France ont certes été le fait de jeunes issus de classes défavorisés (Kelkal, Merah, Nemmouche, les Kouachi ou les Coulibaly, …) sur lesquels la propagande islamique agissait comme un remède sur leur passé de délinquants ou sur leur acculturation. La violence dans laquelle ils ont grandi a favorisé leur adhésion aux messages belliqueux transmis par les organisations terroristes. Le manque de repères qui est la caractéristique de ces jeunes,  permettent également aux propagandistes islamistes de leur proposer une alternative tout autant structurée que morbide, et donc de les faire passer d’une errance mentale à un projet qui les met en avant, chose qu’ils n’ont jamais connue jusqu’alors. Une fois la rupture consommée avec leur passé et avec la société occidentale, rien ne peut plus les arrêter, l’islam radical devient leur combat car ils ne sont plus stigmatisés comme des parias ou de simples anonymes mais considérés comme des héros, des martyrs. Si certains pensent s’élever en participant à des émissions de téléréalité, d’autres se retournent vers les faits-divers sanglants. Une recherche de vaine gloire : sic transit gloria mundi.

Malheureusement ces « banlieusards » ne sont plus les seuls à rejoindre les rangs de l’extrémisme. Depuis peu, et surtout à cause des réseaux sociaux, des jeunes convertis issus de la classe moyenne sont de plus en plus attirés par cette scission sociétale : le combat d’une vie contre une société vide de sens, fruit amer de la laïcité. Ces adolescents sont animés par une vision strictement manichéenne de la lutte du bien contre le mal, où leur patrie est perçue comme le mal, celui qui détruit les civilisations pour des raisons matérialistes et pécuniaires. L’individualisme, tel un oxymore, est devenu insupportable pour ces jeunes qui jadis le défendaient mais qu’ils abjurent aujourd’hui. Le manque de repères est également un point sur lequel s’appuient les recruteurs de Daesh . Ils montrent que leur rigorisme permettrait un retour à une société structurée, où l’amour de Dieu prime sur l’amour de soi. Ils utilisent la même rhétorique que nos philosophes, tels Blaise Pascal, qui proclamait que le moi est haïssable. Cet environnement délétère de la société consumériste occidentale pousse certains jeunes vers l’islamisme qui pensent retrouver dans ce mode de vie une sécurité affective : Selon le général Pierre de Villiers, « tous cherchent un cadre et des valeurs qu’ils ne trouvent plus dans la société. Les uns vont dans une direction morbide, chez Daesh , croyant se rassurer, espérant trouver un sens à leur vie »[4].

Le rôle des femmes

Souvent montré comme misogyne, le califat s’appuie néanmoins sur un nombre croissant de femmes qui occupent d’ailleurs une place de choix dans leur organisation. Comme pour les hommes, le recrutement s’effectue dans les classes populaires et moyennes, parmi les adolescentes voire des femmes plus âgées. Il apparaîtrait que le nombre de femmes converties est équivalant à celui des hommes. En revanche, pour recruter ces femmes, Daesh adapte sa propagande : celle-ci s’établit non plus sur des valeurs guerrières mais plutôt sur des valeurs humanitaires. Par exemple, la communication du califat montre le côté humanitaire  de l’engagement des femmes auprès des victimes d’Assad, l’hérétique, qui n’hésite pas à massacrer des musulmans pour conserver le pouvoir. L’autre axe de propagande se situe au niveau du mari idéalisé, c’est-à-dire d’un homme qui se sacrifie pour un idéal commun[5]: l’intérêt est de mettre en avant l’engagement sans défaut d’un homme dans le combat d’une vie. Encore une fois, cette image masculine s’oppose complètement à celle développée par la société occidentale où la différence entre les hommes et les femmes tend à disparaître. Ce retour aux sources, ajouté à celui de la stabilité des relations grâce au mariage, invite les femmes à rejoindre Daesh. Les anciennes valeurs chevaleresques ont été reprises par les islamistes afin de remettre au goût du jour la vision de l’homme viril et de légitimer leur violence. Cette manipulation semble fonctionner car les rangs des nouveaux convertis sont en expansion constante, tout comme les vagues de combattants vers la Syrie ou l’Irak.

Le rôle des femmes prend tout son sens au cœur même de l’État islamique : ces dernières deviennent des agents de propagande pour recruter un maximum de jeunes filles. Ces muhajirats deviennent des combattantes à proprement parler : certaines d’entre elles sont chargées de surveiller les femmes-esclaves capturées, qui sont là pour satisfaire sexuellement leurs hommes. Beaucoup de ces converties sont membres de la brigade Al Khansa qui met en place la Charia contre les femmes. Cette police des mœurs, exclusivement féminine, montre que les femmes sont les premiers vecteurs de la stabilité islamiste car elles sont les gardiennes des traditions : ce sont elles qui vont inculquer aux enfants les textes rigoristes tout en assurant le soutien médical sur leur territoire.

Ce type d’émancipation féminine s’oppose encore aux concepts occidentaux, mais il montre également comment la propagande maîtrisée de Daesh donne l’impression à ces femmes et à ces hommes d’exister au sein d’une communauté où chacun semble avoir sa place.

Nouvel objectif de Daesh  : s’attaquer à l’école de la République[6]

Paru dans le magazine « Dar al Islam », un article incitait les parents musulmans à retirer leurs enfants des écoles françaises voire à tuer leurs enseignants ! Cet outil de propagande entre dans la  longue panoplie mise en place par Daesh afin d’enrôler le plus d’individus pour frapper leurs ennemis de l’intérieur. D’autre part, les valeurs islamiques prônées sont en inadéquation avec la Charte de laïcité (dont nous nous occuperons plus tard) affichée dans toutes les écoles publiques. Pour « Dar al islam », cette charte, tissu de mécréances, est l’ennemi à combattre car elle entraîne les jeunes musulmans vers la négation de leur religion et loue des principes qui lui sont contraires telles que la mixité ou la tolérance religieuse. Ce journal demande aux musulmans français d’aller combattre directement cette idéologie qui s’attaque, aux fondements de leur religion, ainsi qu’au principe de la famille.

Y’a-t-il un lien de cause à effets ? En décembre 2015, l’Éducation nationale a recensé 857 cas de suspicion de radicalisation[7]. Depuis les attentats du mois de janvier, l’école s’est efforcée de combattre la propagande djihadiste en diffusant des messages de tolérance et en organisant des débats qui ont souvent tourné au fiasco car les enseignants étaient sans réponse face aux sarcasmes et aux provocations de quelques élèves musulmans. Des outils ont été proposés aux enseignants afin de repérer les élèves fragiles qui pourraient se radicaliser[8] mais aucune action viable n’a été instituée pour que ces élèves ne basculent pas du côté obscur. La charte de la laïcité paraît ridicule par rapport à ce que propose Daesh, puisqu’elle ne fait que répéter le discours éculé de soi-disant tolérance et d’égalitarisme où rien n’est individualisé. Comment amener la jeunesse vers une construction ou mettre du sens à leur vie dans notre système où nous ne sommes plus que des numéros ?

C’est là que réside la force de Daesh comme de tous les extrémismes : embrigader des enfants afin de leur donner une vision à long terme. Cette technique a été utilisée par toutes les dictatures nihilistes et principalement par le IIIe REICH[9] ou par le Stalinisme.

Embrigadement des enfants ou comment préparer la guerre

Les jeunesses hitlériennes ont succédé aux formations primaires qui montraient l’inégalité des races aux élèves allemands, justifiant l’utilité de la violence et l’intérêt du chef suprême. Il n’existait pas une journée où les jeunes allemands ne voyaient pas défiler devant leurs yeux cette propagande instituée par le pouvoir et pour le pouvoir. Dans « Mein Kampf », Hitler exposait déjà les raisons qui l’obligeaient à créer cette société : il fallait préparer son peuple à la guerre, légitimer la violence pour que les soldats soient prêts au combat final pour régénérer une civilisation décadente. De plus, la glorification du chef, à travers son culte, remplaçait à cette époque la religion chrétienne mise au ban de la société par les dignitaires nazis. Son autorité prévalait sur toutes sortes d’institutions civiles ou religieuses. Toutes autres formes de gouvernance ou de communication étaient prohibées et largement répréhensibles.  C’est cette doctrine suprématiste qui fut condamnée, avec vigueur, par l’Eglise Catholique dès 1937 dans l’encyclique de Pie XI[10].

Les objectifs sont les mêmes pour tout état totalitaire : contrôler sa population, créer des hommes nouveaux afin d’établir une nouvelle société car l’actuelle serait viciée soit par ses valeurs soit par un autre peuple. L’encadrement de la jeunesse, et de surcroît sa population, ne sont pas l’apanage des états totalitaires, nous le verrons dans un prochain article. La philosophie nihiliste de ces états, souvent manipulés par des financiers (voir banksterthon), a toujours entraîné des guerres. Les étranges similitudes entre le mode de fonctionnement de Daesh  et celui des nazis ne sont pas compliquées à établir. L’embrigadement de la jeunesse a toujours été la genèse des guerres mondialisées, car derrière nos élus sont présents des ploutocrates, comme derrière Daesh se cache les alliés américains (Qatar et Arabie Saoudite) qui reçoivent leurs ordres des lobbies pétroliers et donc bancaires. Au bout du compte, à qui profitera un conflit issu de rivalités économiques et de propagande occidentale et extrémiste ? La politique expansionniste et néo-colonialiste de l’Occident, comme nous l’avons déjà mentionné à plusieurs reprises dans les différentes lettres, est un facteur clé du futur conflit. Cette gouvernance mondiale n’a aucune vision sociétale pour la jeunesse, à part imposer la charte de laïcité qui fera l’objet d’une étude approfondie dans un prochain numéro.

Gabin

[1] http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/03/28/comment-l-etat-islamique-a-reorganise-son-armee-numerique-sur-twitter_4602551_4408996.html

[2] http://www.agenceinfolibre.fr/des-hackers-remontant-la-trace-de-comptes-twitter-de-letat-islamique-sont-parvenus-jusqua-des-adresses-internet-liees-au-departement-du-travail-et-de-la-retraite-britannique/

[3] http://www.liberation.fr/direct/element/qui-fournit-internet-a-letat-islamique_25829/

[4] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/pourquoi-les-jeunes-se-tournent-vers-Daesh -selon-le-chef-d-etat-major-des-armees-522435.html

[5] http://www.europe1.fr/faits-divers/attentats-du-13-novembre-lepouse-de-samy-amimour-est-fiere-de-lui-2641607

[6] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/pourquoi-les-jeunes-se-tournent-vers-Daesh -selon-le-chef-d-etat-major-des-armees-522435.html

[7] http://atelier.leparisien.fr/sites/attentats-novembre-2015-paris/2015/12/09/comment-lecole-fait-face-a-la-radicalisation/

[8] http://www.leparisien.fr/societe/video-education-nationale-857-eleves-signales-pour-radicalisation-04-12-2015-5339701.php

[9] Keysers (Ralph), L’Enfance nazie, Paris, L’Harmattan, 2013

[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mit_brennender_Sorge

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